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J'ai été bercé très tôt par le son de l'accordéon
de mon père qui répétait le soir pour préparer ses bals du week-end
suivant qu'il animait avec son orchestre musette. J'ai joué de
l'accordéon dès l'âge de 4 ou 5 ans pour faire comme papa, mais avec
un accordéon découpé dans du carton et retenu autour du cou par une
ficelle. Mon premier petit 3 rangs est arrivé peu après.
J'ai découvert André lors d'un gala à Censeau à
la fin des années 50, j'avais 10 ans, c'était de la folie ! Une foule
énorme, 3 bals montés étaient installés bout à bout. Nous avons mis
une heure pour approcher la scène et enfin j'ai découvert un orchestre
qui occupait tout l'espace ; fini les musiciens figés derrière leurs
pupitres ! Et André, tout en blanc, qui fixait la cadence, enchaînant
les morceaux avec une virtuosité incroyable et inconnue jusque là. Ce
fût une révélation. J'avais donné à mon père un microsillon (le
millionième disque) pour le faire dédicacer, mais après la traversée
du bal mon disque avait pris la forme de sa poitrine. Lorsqu'il put
enfin approcher des coulisses, André éclata de rire et lui dit "tu
n'as plus qu'à le mettre sous une grosse pile de livres".
Notre deuxième rencontre eu lieu 2 ans plus tard,
à Conliège ; ce jour là j'ai eu le privilège de faire le trajet entre
le restaurant et le bal dans la Mercedes noire d'André sur la
banquette avant entre mon idole et mon père ; j'étais fier mais aussi
très ému.

Je l'ai revu de nombreuses fois depuis, je n'ai
raté aucune de ses émissions à Radio Luxembourg, Europe 1 ou à la TV
et près d'un demi-siècle plus tard, il faut bien admettre qu'il a été
très souvent imité, mais jamais égalé, n'en déplaise à ses
détracteurs.
André c'est d'abord un formidable interprète qui
a réinventé la manière de jouer de l'accordéon avec un style qui lui
est propre : le style Verchu que j'adore. (Comme Obélix, André a dû
tomber dans une marmite de triples croches quand il était petit !)
Mais André, c'est aussi un compositeur
exceptionnel, capable de créer des morceaux populaires comme "les
fiancés d'Auvergne", mais aussi de composer des chefs d'œuvres comme
"perles de rosée".
Amateurs d'accordéon, écoutez les yeux fermés
"Amour de valse" ou "style musette" et vous comprendrez pourquoi il
est unique !
Et puis derrière l'immense vedette, il y a
l'homme grand résistant. C'est très émouvant de l'entendre parler de
cette période noire, et pour mieux comprendre ce qu'il a supporté, il
faut lire le livre de Ch. Bernadac "Le train de la mort".
Je me demande parfois s'il n'est pas plus fier de
son comportement héroïque que de sa carrière exceptionnelle…
Merci André Verchuren, vous êtes un grand
Monsieur !






 


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